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Quand les déchets plastiques reprennent vie en Calédonie

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Paul Ligeard, ingénieur des Arts et Métiers, a créé avec Clément Merzeau la société Ecopavement qui, à partir de déchets de plastique, de verre ou de scorie, produit un revêtement de sol, lui-même recyclable. Une révolution culturelle en Nouvelle-Calédonie.


Comment vous est venue l’idée de monter ce projet ?

Paul Ligeard : On cherchait à répondre aux besoins de pavage des villes en Nouvelle-Calédonie, par un moyen de production local et écologique, et nous sommes tombés sur un procédé qui consiste à utiliser les déchets plastiques et un granulat. Et en Nouvelle-Calédonie, ce granulat c’est la scorie, très disponible. Donc, après contact avec la SLN et l’aide de l’Adecal Technopole, nous avons monté ce projet et aujourd’hui, on fabrique donc des dalles et des bordures de sols à partir de la scorie et des déchets plastiques.

Votre constat de base, c’était quoi ?

On s’était rendu compte qu’il y avait un gros marché de réfection des trottoirs auquel on pouvait répondre en fabriquant local et écologique. Ce procédé, en utilisant quasiment que du déchet comme matière première, il est très écologique puisque d’un côté, on va capter des déchets, et de l’autre côté on va aussi améliorer la maintenance des rues puisqu’il s’agit de dalles lavables et qui demandent moins de travail de pause, il n’y a pas besoin de faire de sous-couche en béton, etc. De plus, on peut nettoyer les tags facilement. Le côté écologique nous a beaucoup intéressé, et l’autre dimension qui nous permettait de le faire, en tant qu’individus, on n’est pas une grosse société, c’est que ça demandait des investissements qui étaient à notre portée.

Le véritable process, vous le définiriez comment ?

On capte des déchets plastiques, on les trie car on ne peut pas prendre toutes les matières. Ce plastique est broyé, ramené à l’état de fines chips, ces chips sont mélangées à de la scorie puis fondues dans une « exudeuse » et cette matière chaude plastique + scorie est ensuite moulée par des presses à 60 tonnes qui permettent de fabriquer soit des dalles, soit des bordures, soit d’autres objets de dimensions de 40cm par 40 cm.

Actuellement vous êtes en phase de tests, mais très rapidement vous pourrez produire à plein régime ?

Actuellement, l’unité que vous voyez ici, à la Coulée au Mont-Dore, est une unité pilote, qui permet de démontrer la faisabilité du projet. Ce pilote, il se trouve qu’il peut produire 200 m2 de dalle par semaine. Si le commerce est au rendez-vous, après, on aura besoin de nettement plus, donc il faudra réinvestir dans d’autres machines.

En chiffres, par rapport à la consommation de plastique locale, mondiale, internationale, comment pourrait-on situer la Nouvelle-Calédonie ?

Actuellement, ici, le problème, c’est le captage des déchets, il est quasiment inexistant, je dirai de l’ordre de 1 % de la masse des déchets plastiques. En métropole, ce chiffre monte à 20 % et les meilleurs dans le monde, les pays nordiques, arrivent entre 40 et 50 % de taux de recyclage. Si la Calédonie arrivait à se placer juste en dessous des meilleurs, de l’ordre de 30 % de recyclage, à ce moment-là on pourrait faire tourner une unité de pleine dimension. C’est-à-dire que le process Ecopavement permettrait de traiter tous les déchets plastiques captés.

Qu’entendez-vous par déchets plastiques captés ?

Ce que l’on capte, ce sont tous les objets en polyéthylène, en premier lieu desquels les films étirables d’emballages, surtout les films de palettes de gros volume. Ensuite, nous avons les emballages de liquide comme les bidons de 5 ou 25 litres d’huiles ou différents produits ménagers en polyéthylène. De la même manière les fûts de 200 litres, voire les grosses cuves. En polyéthylène, roto moulés, les kayaks.

Ensuite, nous avons les polypropylènes, pas mal d’emballages alimentaires style pot de yaourt. Cela dit, on ne va pas s’amuser à collecter le pot de yaourt usagé. Les industriels de l’agroalimentaire, lorsqu’ils ont des déchets de production, nous pouvons les prendre.

Oui, mais il faut que tout ça soit propre ?

Alors voilà, au niveau souillure on peut accepter des souillures sèches, genre poussières ou terre, voir même certains liquides si c’est un petit peu huileux mais pas trop et par contre, on ne tolère pas bien les déchets organiques, comme les restes de nourriture. Et ce pour une raison toute simple, c’est que le plastique est stocké un certain temps avant d’être traité et quand il y a de la nourriture, il y a des nuisibles qui s’installent, ça pourrit, ça sent mauvais et ça pose des gros problèmes…

Le PET, Polytéréphtalate d’éthylène, n’est pas pris en charge non plus ?

Nous ne pouvons pas prendre le PET, pour des raisons chimiques de l’ordre de la production. Le PET ne fond pas de la même manière que les autres plastiques.

Pour information, le PET on le retrouve dans quoi, les bouteilles en plastique, les verres, les barquettes ?

Essentiellement les contenants de liquide alimentaires, c’est-à-dire, les boissons gazeuses, jus de fruit, toutes ses bouteilles-là. On a aussi beaucoup d’emballage spécifique comme le sachet de chips, c’est du film de PET, ça on ne peut pas le prendre. Le PET, on le trouve aussi dans certaines matières transparentes, certaines bouteilles de produits ménagers. En ce qui concerne les barquettes, c’est très partagé, polyéthylène, polypropylène, polystyrène, PET, on a un peu de tout et la plupart ne convient pas. Enfin, en ce qui concerne les verres en plastique jetables, il y en a en polypropylène qu’on pourrait éventuellement prendre, par contre, la plupart du temps ils sont en PET et on ne peut pas les prendre.

Comment la province Sud vous a épaulé dans ce projet ?

On a eu un premier concours qui est le fait d’avoir été recruté dans l’incubateur de l’Adecal Technopole, on y est rentré fin 2017, début 2018. Nous avons eu une aide assez substantielle, pratique, mais pas financière. Par contre, au niveau financier on a présenté deux concours, d’une part une demande financement au titre du Coges, c’est l’Ademe et la province Sud, et là, il nous a été octroyé une aide à des études, qui ont été faites et qui ont été payées, et une aide à l’investissement qu’on attend de toucher. Et enfin, on a aussi présenté un dossier Case, qui est en cours d’instruction.

Donc, à partir de quand vos premiers clients pourront acheter vos produits recyclés ?

Nous sommes en train de rôder la production, il faut nous laisser encore une ou deux semaines. Et on pourra commencer à vendre des dalles au début du mois d’avril, avec un positionnement de prix équivalent à ce qui existe déjà, entre 1000 et 1500 francs la dalle de 40 cm par 40 cm.

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