Accueil Environnement Un sanctuaire menacé

Un sanctuaire menacé

279

L’isolement de l’archipel des Chesterfield, situé à 500 km au Nord de la Nouvelle-Calédonie, lui garantit un caractère unique, mais il est aussi sa faiblesse devant un éventuel développement du tourisme de masse.


A peine l’ancre jetée, j’ai su que je ne la relèverai pas de sitôt. L’archipel des Chesterfield est de ces rares espaces dans le monde qui pousse à laisser les voiles affalées. Qu’est-ce qui le rend si spécial ? La question m’anime encore. Certes, les rencontres y sont grandioses. Des milliers d’oiseaux s’agitent sur les îlots, les baleines à bosses se montrent sous l’eau. Le requin-tigre remonte régulièrement en surface tandis que les gris, pointes blanches et pointes noires me suivent par dizaines lors de mes plongées. Le spectacle est magistral, mais toutes ces espèces se rencontrent aussi dans le lagon de Nouvelle-Calédonie.

Non, autre chose subjugue ici. L’archipel se situe à plus de 1 000 kilomètres des côtes, à mi-chemin entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie. Une distance suffisante pour à peine percevoir l’empreinte humaine. Seuls les principes de chaîne alimentaire et de sélection naturelle régulent les écosystèmes. Parole de marin, pas un seul îlot de Nouvelle-Calédonie ne procure une telle sensation d’équilibre. Peu ailleurs dans le monde d’ailleurs.

L’isolement du site est aussi sa faiblesse. Nul besoin d’avoir fait de longues études pour le ressentir. Toute perturbation générée semble se répercuter à la vitesse du son. Mon seul arrimage sur une plage a provoqué l’envol de milliers d’oiseaux. Quel sera alors l’impact du passage des deux cent cinquante personnes qui devaient se rendre en avril 2019 à bord d’un navire de croisière de luxe dans la corne sud de l’archipel ? Et celui des prochains qui n’auraient pas tardé à venir ?

De toute évidence, les îles lointaines comme l’archipel des Chesterfield ne sont plus seulement le Graal des marins capables de partir sans certitude de retour. La technologie permet à ceux qui en ont les moyens de les atteindre aisément. Et qui peut leur reprocher de vouloir se rendre dans ces havres de paix ? Certainement pas les navigateurs

Le gouvernement calédonien a choisi de fermer la majeure partie de l’archipel à tout navire mais d’ouvrir, peut-être, la corne sud au tourisme de masse. Il existe pourtant d’autre façon de gérer ces îles éloignées. La Nouvelle-Zélande interdit aux navires de croisière commerciaux de s’arrêter mais permet aux voiliers de mouiller dans le sanctuaire des îles Kermadec, situé à plus de mille kilomètres en direction des îles Tonga. A une seule condition : sur place, il faut aider à la protection et conservation de la biodiversité. Cette île est considérée comme l’une des plus pristines au monde. Pourra-t-on toujours en dire autant pour l’archipel des Chesterfield d’ici quelques années ?

Texte : Delphine Bossy
Photos : Jonathan Jagot

LAISSER UN COMMENTAIRE

Laissez votre commentaire !
Merci d'entrer votre nom ici