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« Nous n’accepterons pas l’impardonnable »

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Martine Cornaille, leader d’Ensemble pour la Planète (EPLP) ; dresse un plaidoyer, brut, en faveur de la protection des zones pristine. Pour elle, comme pour les 15 000 personnes qui ont signé sa pétition, l’ouverture de la zone Chesterfield-Bellona, espace de biodiversité rare et précieuse, au tourisme de croisière, serait une erreur impardonnable.


«Côté mer, les récifs isolés dits “pristine” constituent les derniers refuges d’une partie de la biodiversité marine planétaire. 1/3 des 3 derniers pourcents que représentent ces espaces encore vierges au niveau global se trouvent dans les eaux néocalédoniennes, incluant notamment l’archipel des Chesterfield-Bellona dont il est question ici. Coraux encore intacts, requins, tortues, cétacés (…) la liste des richesses de biodiversité de ces lieux uniques est longue !

Côté terre, la présence humaine conduirait inévitablement à un désastre écologique. Le dérangement de la faune terrestre,notamment l’avifaune, et la destruction des habitats par le piétinement des nids, des terriers et de la flore, sont des conséquences désastreuses à rappeler. Les terres émergées de la ZEE calédonienne sont des sites de nidification pour les oiseaux et les tortues. Les îlots du Mouillage (sauf un) et l’îlot Loop, hébergent des colonies d’oiseaux d’intérêt patrimonial à l’échelle de tout le Pacifique (noddi noir, sterne fuligineuse) ou régionale (puffin fouquet, fou brun, fou à pieds rouges, frégates). Les oiseaux marins jouent un rôle-clé dans la croissance et la stabilisation des récifs et îlots coralliens, comme dans la résilience de ces derniers face aux événements météorologiques extrêmes ou à l’élévation du niveau de la mer.

La pollution sonore et lumineuse liée à la présence du paquebot et les va et vient des annexes à moteur, constituent de graves perturbations dans ces sites habituellement (et heureusement !) déserts. Ajoutons à cela la dispersion « accidentelle » ou pas de déchets humains (solides ou liquides dont produits chimiques) dans l’Océan ou sur les îlots… Les émissions de GES des bateaux de croisière eux-mêmes ou de leur producteur d’électricité sont responsables d’une modification de la qualité de l’air, et contribuent aux changements climatiques et à l’acidification des eaux.

D’un point de vue économique, seules deux catégories d’acteurs tirent leur épingle dorée du jeu du tourisme de croisière: les chantiers navals produisant les paquebots et les opérateurs commercialisant la croisière. Au mieux, les populations « réceptrices » ne perçoivent qu’une aumône largement insuffisante au regard des impacts négatifs, sociaux, sociétaux et environnementaux subis. On comprend alors que cette décision n’est pas non plus économiquement « rentable ». Elle n’est finalement en rien profitable à la population néocalédonienne

Rappelons que la Nouvelle-Calédonie n’est pas dépourvue de sites ouverts aux croisiéristes : les îles Loyauté, l’île des Pins, les îles et îlots des eaux provinciales… Comment justifier la « nécessité » d’en ouvrir d’autres, de surcroît éminemment précieux et fragiles ?

Ajoutons que cette décision risque d’affecter l’ « économie bleue » des territoires environnants. Effectivement, ces zones sont aussi des nurseries. De nombreuses espèces, après avoir grandi dans ces zones de calme se déplacent et migrent pour d’autres territoires. Ainsi, l’impact sur la biodiversité de la zone aura des conséquences au-delà, voire des conséquences économiques pouvant affecter la ressource des pêcheurs du Caillou et celle de nos voisins.

D’un point de vue éthique, le marketing de la bonne conscience de la compagnie du Ponant est à remettre en question. L’écotourisme se pratique dans des lieux écologiquement (et souvent socialement) fragiles. Mettre l’accent sur la « croissance économique » en négligeant les aspects qualitatifs de celle-ci pour dissimuler la surconsommation et l’exploitation inhérentes au concept, ce n’est ni une démarche transparente ni éthique. Faire des « derniers sites vierges de la planète » de lucratifs terrains de jeu pour touristes fortunés et ce, au mépris de cruciaux enjeux de conservation, est une « privatisation » inacceptable de nos biens communs.

Relevons encore que les discussions ayant présidé aux décisions réglementaires du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie se sont déroulées alors même que le conseil scientifique du Parc n’était pas installé. Cela remet largement en cause les arguments portés par les décideurs politiques et les responsables de la compagnie de croisières de luxe… Pour EPLP, seuls les travaux de scientifiques indépendants sont recevables pour orienter la politique de conservation et de développement du parc. »

Propos recueillis par Aurélien Lalanne
Photos : Atoll Pacific

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