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Tomber le masque

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Guillaume Néry, quatre fois détenteur d’un titre mondial d’apnée, a passé la barre des 100 m il y a déjà 13 ans en battant, au passage, le record de Jacques Mayol. Passionné de photos et réalisateur engagé de vidéos, cet « amoureux des fonds des îles Loyauté », tourne des clips sans masque pour Beyonce avec autant de classe qu’il ne défend « la beauté et la fragilité du monde sous-marin ».


Au fond de l’eau, l’envie de respirer est-elle toujours aussi forte ?

La magie de l’apnée est que nous ressentons que très peu l’envie de respirer. Quand je suis à plus de 100 m, je ressens un bien-être et une harmonie totale avec mon corps et l’eau. Le temps est suspendu et je n’ai aucune envie de respirer. Ensuite, il y a toujours un moment où tout bascule, et l’envie de respirer s’installe. Cela fait partie de l’apnée et ce signal me ramène à la réalité : je suis un mammifère et j’ai besoin de respirer. En général, l’envie de respirer s’installe alors que je suis déjà en pleine remontée.

Plonger sans masque, ça change quoi ?

Pour la grande profondeur, c’est une question de technique et de physiologie. Sans masque nous avons plus d’air pour équilibrer la pression sur les oreilles. D’un point de vue sensoriel, c’est également une toute autre approche de sentir l’eau s’écouler sur le visage. Je me sens également plus en tête-à-tête avec moi-même dans ce grand voyage intérieur. Pour les films, enlever le masque et plonger sans aucun équipement classique, comme dans le clip Runnin pour Beyonce, avec un jean et un t-shirt, permet de créer un univers onirique fort. Je ne suis plus un plongeur, mais un être hybride, amphibien, à la fois terrien et aquatique.

Vous venez souvent en Nouvelle-Calédonie, quels sont vos liens ici ? Connaissez-vous bien notre champion Pierre Crubillé ?

Je suis venu en vacances pour quelques semaines sur le Caillou alors que nous étions en plein périple autour du monde et nous avions fait un petit break ici, en famille, puisque la maman de Julie Gautier, ma femme, vit ici. C’était la 4e fois que nous venions ici, et c’est toujours un vrai bonheur de rencontrer les apnéistes locaux. Je connais Pierre Crubillé depuis quelques années. Il est membre de l’équipe de France et grand champion d’apnée en piscine. Il a également monté une structure d’apnée ici, Blue Caledonia, et propose des entraînements tous les jours en mer et en piscine. Je suis un ambassadeur de la marque Cressi avec laquelle nous développons une gamme de matériel apnée. Pierre a rejoint l’année dernière l’équipe des ambassadeurs pour la France. J’ai profité également de mon passage ici pour aller voir mes amis du club d’apnée ASA à Koutio, dont je suis le parrain ! On peut dire que l’apnée est très développée sur le territoire.

Parlez-nous de vos plongées ici, en quoi nos fonds sont-ils différents d’ailleurs ? Quel est le plus grand danger pour les fonds calédoniens ?

La Nouvelle-Calédonie regorge de trésors sous-marins. C’est un territoire où l’exploration est infinie, avec un lagon tellement riche en faune et flore.

J’ai aimé plonger partout ici. Je connais assez peu les fonds de la côte Est, mais la vie est encore longue. Je suis aussi tombé amoureux depuis notre premier passage, des fonds des îles Loyauté.

Le principal danger est global et ne se cantonne pas à la Calédonie, mais à l’ensemble des océans tropicaux. Le réchauffement climatique et la montée de la température des eaux menacent à court et moyen terme le récif corallien. La chance de la Calédonie, c’est la taille de son lagon et la faible densité de la population qui protège l’environnement de la trop grande pression humaine.

Ici, l’apnée est pratiquée par bon nombre de Calédoniens, que ce soit pour chasser, plonger ou prendre des images. Quel message leur adressez-vous ?

L’apnée est une merveilleuse activité qui permet d’explorer le monde sous-marin de la manière la plus pure et respectueuse. Mais pratiquée le plus souvent en milieu naturel, elle n’est pas sans dangers. Il faut donc mettre toute l’attention sur la sécurité. Je répète souvent cette règle fondamentale, mais ce n’est jamais assez : Ne jamais plonger seul. Il faut donc se rapprocher de structures qui permettent d’être encadré et conseillé. Il y a quelques excellentes structures sur la Nouvelle-Calédonie et dans les Iles Loyauté. Au-delà de la sécurité, pratiquer en club permet de progresser avec de précieux conseils. Une autre recommandation serait de prendre son temps dans la progression. L’apnée est une école de patience. Se déconnecter des chiffres et des records et se concentrer sur le plaisir des sensations, telle est la véritable essence de l’apnée.

 

Texte : Aurélien Lalanne
Photos : Guillaume Néry

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