Accueil Environnement Limiter l’accès aux îlots

Limiter l’accès aux îlots

782

Pierre Crubillé, vice-champion du monde d’apnée installé depuis 10 ans en Nouvelle-Calédonie, est chroniqueur permanent pour Carnets du Pacifique.


Voilà maintenant dix ans que je sillonne le lagon de Nouvelle–Calédonie en long, en large, en travers et en profondeur. Ce n’est rien à l’échelle de la nature mais c’est ce qui m’amène à partager avec vous une réflexion qui me taraude depuis quelque temps.

Pour aborder le sujet du jour, du mois, du siècle (à vous de voir…), commençons par enfoncer une porte ouverte : « La Nouvelle–Calédonie bénéficie d’un patrimoine naturel exceptionnel et blablabla… et vas-y que c’est fin joli les baleines, les tortues, les poissons colorés… ». Je vous la fais courte, on connait la mélodie, le rythme et les paroles.

Il est clair que l’écrasante majorité des Calédoniens souhaite sincèrement pré- server ces espaces naturels fragiles. En tout cas, j’ose l’espérer. Malgré cela, on constate chaque jour que de nombreux comportements individuels et collectifs vont à l’encontre de cette belle idée et en voici un solide exemple.

Année après année, nous observons la dégradation de sites naturels pourtant placés sous statuts d’Aire Marine Protégés (AMP) ou d’Aire de Gestion Durable des Ressources (AGDR), particulièrement l’îlot Canard, l’îlot Amédée, l’îlot Maître ainsi que les îlots Signal et Larégnère.

L’ilot Maître est l’exemple type de l’ilot sacrifié sur l’autel du tourisme. On ne reviendra jamais en arrière, protégeons ce qui peut encore l’être. A ce sujet, une récente étude commandée par la province Sud tire la sonnette d’alarme et met en évidence la sur-fréquentation de ces 5 îlots proches de Nouméa.

Parmi les nombreuses menaces relevées : piétinement des coraux, impact des ancrages sur les fonds marins, érosion, piétinement de la flore terrestre, coupe de bois ou utilisation du bois mort comme combustible, perturbation d’espèces protégées faisant échouer la reproduction, j’en passe des vertes et des pas mûres…

La sur-fréquentation de ces sites naturels est à l’origine de toutes ces dégradations. Sans même parler des comportements irrespectueux de la réglementation qui accentuent le problème, la simple présence humaine a un impact sur le biotope. Dans ce domaine, le respect de la législation est une base nécessaire mais malheureusement insuffisante.

Chacun doit prendre conscience de son impact sur ces milieux fragiles et essayer de le limiter au maximum.

Une chose est certaine: plus les réponses seront tardives plus les mesures à prendre devront être radicales pour espérer sauver ces sites naturels, le dernier échelon de protection étant le passage en réserve intégrale (interdiction totale d’accès). Alors si nous souhaitons pouvoir continuer à profiter des îlots du lagon, il sera nécessaire de faire évoluer certains comportements et de faire baisser la fréquentation des zones protégées. A titre d’exemple, la limitation voire l’interdiction du camping deviendra certainement inévitable et il nous faudra l’accepter collectivement. Sommes-nous prêts à limiter un peu notre liberté individuelle pour protéger une nature qui par ailleurs ne nous appartient pas ?

Pour conclure, je vous laisse méditer cette parole d’un ancien ministre à tendance vert-de-gris-élyséen : « Nous faisons des petits pas mais la nature ne s’accommode pas des petits pas ».

« Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers je n’ai pas de certitude absolue » Albert Einstein

 

Texte et photos : Pierre Crubillé

LAISSER UN COMMENTAIRE

Laissez votre commentaire !
Merci d'entrer votre nom ici