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Les récifs éloignés, ultimes sanctuaires de requins

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La Nouvelle-Calédonie vient de classer en réserve marine ses récifs éloignés. Pour 38 scientifiques qui ont étudié 1 800 récifs dans le monde, cela revient à protéger les derniers sanctuaires de requins de la planète. Plus les réserves sont éloignées de l’Homme, plus elles sont « efficaces ».


Une étude scientifique hors normes. Au large, bien au-delà de la barrière de corail, des récifs émergent. Ils sont entourés d’îlots, où nichent des milliers d’oiseaux. Ces coins de paradis, les plus éloignés de la Nouvelle-Calédonie, viennent d’être mis en réserve. Interdiction d’y chasser ou d’y extraire quoi que ce soit. Pour les scientifiques, cette action revient à protéger les derniers espaces au monde où les stocks de requins peuvent se renouveler. « La mise en réserve des récifs éloignés est souvent perçue comme l’option de facilité parce qu’il est plus aisé d’interdire la pêche sur un site où personne ne va. Mais nous venons de démontrer que selon son éloignement de l’influence humaine, une aire marine protégée ne conserve pas les mêmes espèces », explique le chercheur de l’université de Montpellier David Mouillot. Avec 37 scientifiques, il a récemment publié ces résultats dans la prestigieuse revue PNAS.

L’équipe s’est penchée sur le cas de plus de 1 800 récifs à travers le monde. Partout, les résultats sont identiques. D’un côté, la mise en réserve d’un espace marin situé à seulement deux heures de bateau d’une ville apparaît efficace pour le renouvellement des stocks des poissons pêchés. D’un autre, elle semble totalement inadaptée pour la protection des grands prédateurs, les requins ou les thons. « Les squales n’ont été observés que dans 28  % des récifs étudiés et majoritairement sur les sites où la pression humaine est faible », déplore David Mouillot. La Nouvelle-Calédonie ne déroge pas à la règle. « Sur ces récifs éloignés, 20 à 30 squales vous accueillent quand vous vous mettez à l’eau, se souvient, sourire en coin, le chercheur de l’université de la Nouvelle-Calédonie, Laurent Wantiez, également impliqué dans l’étude. On ne retrouve ces caractéristiques nulle part ailleurs près des côtes. Même pas dans une réserve intégrale, comme celle de Merlet, située dans le sud du Caillou, où personne ne peut aller ».

Maintenir l’équilibre des écosystèmes marins nécessiterait donc de développer différentes stratégies de conservation. « Interdire la pêche partout n’aurait pas sens, confirme Laurent Wantiez. Mais créer des réserves le long du gradient de pression humaine est essentiel ». Une chose est sûre : sans requins, les récifs pourraient bien disparaître. En leur absence, les poissons carnivores prolifèreraient au détriment des herbivores, qui eux, assurent l’équilibre des coraux.

 

Texte : Delphine Bossy
Photos : Jonathan Jagot

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