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Appétit d’oiseaux

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Voici la première étude sur l’impact de la pollution plastique en Nouvelle-Calédonie. Alors que sur l’île de Lord Howe, en Australie, les oiseaux meurent de faim car leurs estomacs sont remplis de plastique qu’ils confondent avec de la nourriture, ici, le phénomène est déjà observé par les scientifiques de l’IRD.


700 îlots autour de la Nouvelle-Calédonie, c’est autant de coins de paradis pour les puffins, pétrels, fous ou albatros qui peuplent le ciel du territoire. Ils les investissent par milliers ! Leur espace marin est pourtant sous haute tension. Comme dans tous les océans du monde, la pollution plastique frappe aux portes des eaux calédoniennes. « Les oiseaux marins sont particulièrement vulnérables à cette pollution », précise le spécialiste de l’IRD, Éric Vidal. Et pour cause, de récentes études ont montré qu’ils sont attirés par ces déchets. « Les débris plastiques peuvent être colonisés par des organismes marins qui émettent une signature chimique identique à celle de leurs proies, explique le chercheur. Ils sont leurrés et ingèrent délibérément le plastique ». Les conséquences peuvent être désastreuses. Selon leur taille, les débris de plastique provoquent un étranglement ou des occlusions dans le système digestif. Plus grave encore : s’ils sont suffisamment petits, ils peuvent intégrer la circulation sanguine et provoquer une contamination de la chair de l’animal.

Pour l’heure, les oiseaux du Caillou seraient impactés, mais dans une moindre mesure. « Devant l’ampleur du phénomène, nous avons souhaité faire un premier état des lieux sur le territoire », raconte Éric Vidal. Si l’échantillonnage est faible, il donne déjà quelques résultats. Sur les 92 cadavres d’oiseaux trouvés sur les îlots aucun n’avait ingéré de gros morceaux de plastique. Pour autant, sur les 52 puffins du Pacifique, l’espèce la plus représentée dans l’échantillonnage, 8  % avaient ingéré de petits morceaux. « Ce taux est faible par rapport à ce que l’on peut trouver dans le reste de la région, mais il n’est pas ridicule non plus », relève-t-il. Tous ont ingéré tout au plus, 1,5 fragment. Sur l’île de Lord Howe, en Australie, où la plus grande population mondiale de Puffins à pieds pâles se reproduit, 90  % des oiseaux contaminés contenaient en moyenne 17 morceaux dans leur estomac.

Pour certains scientifiques, le tableau devrait se noircir. Des chercheurs prévoient que d’ici 2050, 99  % des espèces d’oiseaux marins seront concernées par cette pollution. Dans la région, en raison des courants marins, ils suggèrent que la mer de Tasman, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande sera la région la plus touchée. Le risque est réel pour le chercheur tant ces oiseaux sont de grands voyageurs.

 

Texte : Delphine Bossy
Photos : IRD, DR

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